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Une thèse transdisciplinaire à haut risque

Entretien avec Géraldine Boué

G. BouéGéraldine Boué, que nous vous présentions il y a 2 ans et dont nous vous parlions l’année dernière vient de soutenir sa thèse sur un sujet pluridisciplinaire rare : l’évaluation des risques et bénéfices de santé liés à l’alimentation.

C’est l’occasion pour nous de nous entretenir de nouveau avec elle.

Tu as soutenu ta thèse au début de l’été, de quoi parlait-elle ?

Le travail de ma thèse consistait à développer une méthode pour évaluer l’effet de l’alimentation des consommateurs sur leur santé. J’ai ainsi participé à la création d’outils visant à calculer, mathématiquement, les bénéfices et les risques associés à la consommation d’aliments en termes nutritionnels, microbiologiques et chimiques.
Cette méthodologie a été développée à l’aide d’un cas d’étude portant sur l’alimentation des nourrissons : lait maternel et formules infantiles. Nous avons pu commencer à comparer scientifiquement et quantitativement les bénéfices et les risques relatifs à chacune des deux options.

Est-ce un sujet courant, l'analyse risques et bénéfices dans l'alimentation ? En quoi est-il innovant ?

L’analyse transdisciplinaire des risques et bénéfices de l’alimentation est un sujet assez récent et innovant en effet.
Au début des années 2000, la science a rencontré des impasses quant aux conclusions que l’on pouvait tirer des bénéfices et risques liés à l’alimentation. Il y avait des résultats contradictoires selon les disciplines. Un exemple marquant est le poisson : il faut en consommer pour ses apports nutritionnels, mais limiter sa consommation à cause des polluants.
Puis, c’est au cours des années 2010 que l’on a commencé à développer une approche plus globale, où l’on raisonne en terme de santé dans sa totalité : on ne parle plus seulement du risque de maladies, on recherche un optimum entre « risques et bénéfices ».
Nous n’en sommes qu’au tout début de ce type de recherche. Il nous faut créer des réseaux nationaux et internationaux, s’inspirer les uns des autres, apprendre à travailler à plusieurs de façon transdisciplinaire malgré nos méthodes et vocabulaires différents.
Cette expertise transdisciplinaire est finalement cruciale pour établir des recommandations les plus pertinentes possibles, mais peu appliquée en recherche.

Quelles sont les suites pour toi maintenant ?

Je suis passionnée par la sécurité des aliments au sens large. Je continue dans l’enseignement et la recherche, une bonne façon pour moi de transmettre les innovations scientifiques aux professionnels de demain. 
En recherche, je me consacre toujours à développer la méthodologie de l’évaluation des risques et bénéfices de santé, au travers d’autres cas d’étude.
Par l’enseignement je suis plus dans le concret, dans les aspects microbiologiques de l’évaluation des risques. C’est une bonne suite à mon diplôme d’ingénieur en agro-alimentaire et à mon doctorat. Au-delà des disciplines classiques, je développe avec des collègues, de plus en plus d’activités proposées aux étudiants qui abordent la santé de façon plus transversale. Que cela soit au sein des cursus ingénieurs et vétérinaires d’Oniris ou au sein du M2 MAN-IMAL, les étudiants sont amenés à prendre du recul face à des sujets polémiques, à adopter des approches globales et transdisciplinaires. Cela les pousse à se mettre en situation professionnelle finalement !